Un écrit que j'avais fait il y a de cela 3 ans et quelques mois. C'est une scène vécue.
(…) « Le canapé semblait trop étroit désormais, comme si, en une infime poignée de secondes, il s’était raccourci d’une vingtaine de centimètres pour les faire se rapprocher, combattant ainsi leur timidité, leur peur respectives….Le silence implacable rendait l’atmosphère fragile, presque malsaine… Un certain malaise remplissait la pièce, la tension était presque palpable...On eut l’impression que personne n’osait faire un geste, ni même respirer…Même la douce musique soul ne pouvait briser cette tension. Leurs regards glissaient sur des objets sans importance,se perdaient dans leurs pensées enchevêtrées, complexes, déboussolées par cette situation. Leurs doigts jouaient avec les coins de la couverture qui recouvrait le canapé. Leurs deux cœurs manquaient à chaque fois un battement. Leurs souffles se retenaient de respirer fort. Comme si ce silence était précieux....
…Elle ne savait que faire. Son corps appelait à l’aide, la faisant souffrir face à ce manque d’attention, de tendresse, de passion. Elle avait l’impression de ne pas avoir ressenti ça depuis des années. Son corps était mort, endormi, sous anesthésie..Elle ne s’en était pas tellement rendue compte, préférant sûrement le nier. Mais à l’évidence, ce coma venait de prendre fin…Son corps réclamait ce qui lui avait été interdit, à la manière d’un drogué en manque de sa dose quotidienne… Elle pouvait presque ressentir la souffrance irradiée à travers tous les tissus de son corps : son ventre, sa poitrine, sa gorge lui coupant ainsi le souffle, à la limite de l’asphyxie, lui monter ensuite à la tête, compressant son cerveau, l’étourdissant de plus belle, redescendre vertigineusement le long de sa colonne vertébrale, puis allant terminer sa course dans le creux de ses reins, au plus profond de ses entrailles, lui extirpant un gémissant intérieur long et plaintif…Elle imaginait dans ses rêves les plus fous, une main la caressant et la délivrant ainsi du mal qui la rongeait…Car une seule main suffirait à combler ce manque…
Elle sursauta et se rendit compte que c’était de sa propre bouche que sortait ce son, presque rauque, bestial, bas…Son regard se tourna automatiquement et fixa les yeux de la personne responsable de ce mal-être. Ces yeux n’exprimaient rien, ni surprise, ni envie, ni peur… Un mur…Pourtant elle aurait juré avoir entre aperçu un voile dans ses yeux, peut être n’était-ce que son imagination. L’espoir est le mal des hommes mais elle ne pouvait qu’espérer, que pendant une minute, cette main en face d’elle, fasse un geste, se dirige vers son visage et apaise un peu sa souffrance.. Elle en avait assez de faire le premier pas, elle voulait qu’on la désire, qu’on la pourchasse, qu’on aille enfin vers elle, qu’on comprenne son mal rien qu’en lisant dans ses yeux.. Malgré ses allées venues entre la gente féminine et masculine, elle n’avait trouvé que regard vide, incompréhension, brutalité…
Oppressée par cette atmosphère pesante, elle ne pouvait bouger, ne voulait pas bouger… Car elle aimait être en sa compagnie, parce que ça l’apaisait d’être à ses côtés, parce que, trop loin, elle avait l’impression de mourir à petits feux… Tout était pourtant si simple : un geste lui suffirait pour savoir sa réaction… Mais c’est sa réaction dont elle avait peur car elle savait, au fond d’elle que, quelque soit sa réponse, elle ne pourrait faire marche arrière..Elle préférait vivre dans ce monde de vénération destructrice plutôt que de soulager sa souffrance une bonne fois pour toutes » (…)